Réflexion poétique

Sylvo-rêverie, ou l’antidote éco-hédoniste

Bain de forêt

 

À la faveur de l’aube, je m’abandonne à la rêverie.
Mes pas me portent, enivrés de mes sens épanouis.

Délicatement, la forêt alentour s’éveille d’une humide léthargie. Des effluves terreuses et boisées nourrissent mes fantaisies.

Sous le charme de la lumière matinale, les houppiers impriment un chatoiement chlorophylle au sous-bois.

À l’invitation d’une bourrasque impertinente, les rameaux dessinent de toniques cabrioles et entament un ballet délicat.

D’apparence anarchique, cette danse est en fait savamment chorégraphiée. Dans une magique leçon d’entraide, elle soutient les plus labiles et disperse l’agression soufflée.

Un bruissement hypnotique entre en jeu qui chante aux tympans du visiteur attentif. Le pépiement des résidents à plumes se fait désormais plus discret.

Tandis qu’un rai d’or tiède me réchauffe soudainement le visage, je fais halte.
Le Soleil aussi serait-il de la partie ?
À n’en pas douter, en plus de transporter l’âme, ce lieu féerique cajole le corps et l’esprit.

Un tronc séculaire s’invite soudainement à ma vue. Effroi ! Il est terrassé, couché de tout son long. Privé de ses racines, l’humus sera son inexorable destin.

Des décennies d’efforts pour s’ériger,
Et le voilà condamné à un putrescible repos. « À quoi bon ? », semble lancer son horizontalité.
À quoi bon lutter ?
À quoi bon vouloir ?
À quoi bon espérer ?

… Chuuuutttttt !!

Je ferme les yeux et de nouveau j’entends ce qui se chante de bon matin : c’est le vivant qui s’adonne à son jeu quotidien. N’en déplaise à nos sens limités et notre mental exalté, jamais il n’a cessé.

Devant le triste spectacle du monde, se pourrait-il que la nature nous intime de savoir seulement l’écouter ?

Alex Febo

C’est un choix que celui de ne pas donner les clés de notre attention au monstre médiatique qui monte quotidiennement en spectacle la souffrance du monde et assèche nos facultés perceptives.

Comprendre et ressentir plutôt que connaître, offrir un consentement ponctuel et maîtrisé aux dévoreurs d’attention.

C’est un point de départ pour être ici et maintenant et se préserver.

Et vous, devant la surenchère cacophonique et catastrophiste qui anime nos écrans, que faites-vous pour cultiver la joie ?