Réflexion poétique

Sémantique martiale, conflit et connaissance de soi

危机

Quand tu disparais,
Quelle part de moi disparaît avec toi ?

Puisse cette question résonner comme un éclair de poésie dans l’absurde et la violence du monde.

Elle me fut inspirée par la profusion de vidéos qui ont pour titre une sémantique à consonance martiale sur les réseaux sociaux et autres plateformes vidéos :

Un tel se fait « détruire » en direct !
Un autre « atomise » son adversaire politique sur un plateau télé.
X « finit » Y sur un ring.
Les tenants du bien se lancent dans une « éradication » du mal…

Mais de quoi cette sémantique de destruction est-elle le nom ?

En sondant les tréfonds de la psyché, en rencontrant ce qui se cache derrière notre « masque social » (que le psychiatre C.G. Jung nommait « persona ») , on constate vite combien l’autre, par l’altérité qu’il/elle nous offre est en réalité un miroir, une « occasion » de se regarder soi-même avec un peu plus de distance et d’acuité !

« À ton occasion », en te voyant t’autoriser ces agissements que je m’interdis (parce qu’ils sont contraires à mon système de valeurs et/ou parce que j’ai peur d’agir ainsi), je suis offusqué, outré, envieux, frustré… au point, parfois, de vouloir te « détruire ».

En somme, la question se résume à : Qui es-tu, toi, pour t’autoriser ce que je m’interdis ?
Qui es-tu, toi, pour oser penser « noir » quand je pense « blanc » ?

À cet endroit, plus l’affect est grand, plus le miroir reflète quelque chose de sensible chez moi, et plus l’invitation est pressante à y regarder de près.
Dit autrement, le conflit interpersonnel met en lumière mes conflits intrapsychiques.

En effet, ce que je déteste, ce que je veux « détruire », « éradiquer », dit tellement de moi que c’est en réalité un cadeau qu’il m’appartient de savoir saisir (c’est quand même mieux qu’un passage à l’acte !)

En cela, le conflit est une chance ! D’ailleurs, en chinois, le mot « crise » [Wei-Ji / 危机] consiste en l’association des 2 idéogrammes : « Danger » et « Opportunité ».

Puisque, pour notre plus grand bon/mal-heur, en tant qu’êtres grégaires, nous sommes « condamnés » à vivre avec les autres (et donc à subir les conflits de besoins, d’intérêts, de valeurs qui découlent de la vie en communauté), autant tirer profit des bénéfices de l’altérité pour apprendre à mieux se connaître !

En somme, la volonté de l’entre-soi, l’intolérance, l’essentialisation de l’autre par refus de sa complexité, signent une tentation régressive qui nous guette tous : un désir pathologique de toute-puissance infantile et, au final, une entorse au « processus d’individuation », dirait C.G. Jung.

Rencontrer la différence et la complexité, faire preuve d’empathie, de nuance, demande courage, persévérance et renoncements.
Mais quand nous y parvenons, nous en sortons grandis, nourris d’humanité, de sens et d’estime pour nos potentialités insoupçonnées et/ou inavouées.

Il semble que le monde de 2025 a encore grand besoin de cette « Etoile du Nord » humaniste … et d’un peu d’élégance !